Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 15:12

 

  Le Moyen-Orient,  berceau des bouleversements géopolitiques, arrière-cour des nouvelles forces mondiales.

 

 

  Les résultats des élections en Tunisie, mettant en avant le parti islamique Ennahda, la mort de Kadhafi le 20 octobre 2011 à Syrte, en Libye et la proclamation de la charia dans ce pays coupent le souffle démocratique tant espéré par l’Occident. L’islamisme se retrouve à la porte de l’Europe. L’islamisme fondamentaliste grignote petit à petit des territoires.  

 

  Force est de constater que la démocratie, tel que nous la prônons, ne semble pas compatible avec la pratique religieuse dans les pays musulmans. Une séparation du religieux et du politique semble compromis. Peut-être faut-il leur laisser le temps aussi ? Cela ouvre donc la voie à la création d’un nouveau système politique liant modernisme et tradition.  Les femmes en Libye cherchent aussi leur place dans une nouvelle société (link). A regarder de plus près, la république de Turquie, basé sur  l’idéologie Kémaliste depuis 1923 et qui regroupe six principes fondamentaux dont la république, la laïcité ou le nationalisme, semble être un bon exemple de départ. L’influence de l’armée joue un rôle prédominant dans le pays étant la gardienne de l’idéologie, mais ce rôle reste sensible pour une démocratie (link). L'islamisme entre en politique. Ce mot fait peur mais pourtant cela ressemble à un courant similaire en Europe qui existe sous la forme du parti chrétiens-démocrate, qui soutient une politique conforme au message de l'Evangile.

 

Une religion divisée 

  L'islam est en lui-même divisé, entre le sunnisme, la branche majoritaire qui suit la ligne de conduite du prophète Mahomet ; le chiisme, partisan de l’imam Ali et en attente du retour du douzième imam, Mahdi ; et le kharidjisme, en constante diminution,  mais présent encore dans le sultanat d’Oman et quelques communautés en Algérie, Tunisie ou Libye. L’Iran est le seul pays où la religion officielle est le chiisme, mais ce courant est aussi majoritaire en Irak, à Bahreïn et en Azerbaïdjan, minoritaire au Liban, Afghanistan et Pakistan. Ce dernier pays regroupe la deuxième communauté chiite la plus importante du monde.

  Cette division depuis l’origine, après la mort du prophète Mahomet en 632, crée un conflit qui perdure encore aujourd’hui. Un bras de fer entre l’Arabie Saoudite et l’Iran.

 

 

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Place Amir Chaghmagh, Yazd, Iran. Photographie de Pandore (Tous Droits Réservés)

 

 

Le nucléaire iranien 

  Démocratie en berne, religion en expansion: c'est dans ce contexte qu'arrive la crise nucléaire iranienne, qui couve depuis plus de trente ans, depuis l’accès au pouvoir de l’ayatollah Ali Khomeiny en 1979. Le programme nucléaire fut développé par le Shah Mohammad Reza Pahlavi à partir de 1953, avec l'aide des Etats Unis (link). Aujourd'hui, le gouvernement israélien évoque l'idée d'une attaque offensive sur les sites nucléaires du pays islamique, prêt à tout pour se prémunir d’un danger réel. Crise grave, en ce sens que plus l’acharnement des occidentaux s'exercera sur ce pays, plus le gouvernement islamique justifira ses actions et sera soutenu par son peuple. Une guerre contre l’Iran provoquerait à long terme une guerre mondiale sur fond religieux, l’islam contre le judaïsme et le christianisme. Une idée pourtant paradoxale car ces religions ont la même origine et la communauté juive d’Iran, très ancienne, est reconnue par la constitution (link) et semble vivre sans encombre dans un pays dit ennemi.

  Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad provocateur est le seul à défier ouvertement et publiquement l’Amérique et à ignorer l’horreur de la Shoah. Son soutien au régime syrien en décadence et probablement à celui de la Libye avant sa chute le positionne en un ennemi frontal. Les Etats Unis considèrent l’Iran comme l’ennemi numéro un depuis la mort de Ben Laden en mai 2011. Ce caractère est à double tranchant : lui offrant une influence dominante dans la région mais aussi un regard étranger permanent et hostile sur une société complexe et méconnue.

  Un Iran nucléarisé ne résoudrait en aucun cas les problèmes dans la région et accélèrerait la course à l’armement, Turquie, Arabie Saoudite en tête. Mais on oublie trop vite que le Pakistan détient la bombe nucléaire. Il est le seul pays islamiste à la détenir et en plus il a officieusement soutenu le mouvement islamique d’Al Qaida. L’accès à la bombe nucléaire par la Corée du Nord semble peut être trop loin géographiquement et trop faible économiquement pour nous effrayer (link). Enjeu politique à l’approche des présidentielles dans certains pays, l’Iran est comme le bouc-émissaire dans une classe d’école à l’échelle mondiale, où les enjeux vont bien plus loin que la peur d’une « simple » arme. L’Iran serait pourtant un meilleur allié pour améliorer une situation qui s'éternise et dont les populations ne demandent que d'y mettre fin pour une paix tant attendue.

 

 

 Les pays dans l'ombre

  Le soutien de la Russie et de la Chine à la République islamique d’Iran face aux pressions occidentales et leur veto respectif à l’ONU au projet de résolution contre les répressions en Syrie est révélateur des réelles forces géopolitiques. La Chine, en particulier, banquier du monde, deuxième économie mondiale,  assoit sa domination finement jouée non seulement autour de sa monnaie sous-évaluée mais aussi par son immanquable interdiction d’une quelconque ingérence étrangère. Depuis plusieurs années et grâce à l'embargo occidental sur l'Iran,  elle est devenue un grand partenaire économique de la république islamique (link), notamment dans le secteur pétrolier et minier (link).

  Derrière ces bouleversements vifs et annonciateurs d’un réel changement favorable ou non, notre regard doit se porter sur cette nation, la Chine,  aux frontières si fermées qui est devenu en trente ans un acteur économique important. Sa main s’étend tout aussi bien en Afrique qu’en Asie du Sud-est. L’Arabie Saoudite doit aussi attirer notre attention, grand pays exportateur de pétrole, allié des Etats Unis et dont ses deux villes saintes attirent les plus pieux musulmans. Son influence joue un rôle important mais reste occulté. Et puis la Turquie dont sa diplomatie au Moyen Orient porte ses fruits et reste le seul exemple d'une politique laïque dans la région.

 

 

 

   A lire pour approfondir les différents sujets:

 

Le cas des femmes en Libye:

  Annick Cojean, Celle par qui tout a commencé, Le Monde Magazine du 11 novembre 2011 (link)

 

La pluralité et la complexité de l'islamisme:

   Bernard Guetta, La pluralité islamiste, France Inter le 28 novembre 2011 (link)

 

Le cas iranien, les conséquences d'une guerre et les réels dangers: 

  M. Jay Rosenberg, Iranian Nuclear programme not about Israel, Al Jazeera English, le 20 novembre 2011 (link)

  Seumas Milne,  War on Iran has already begun. Act before it threatens all of us, The Guardian, le 7 décembre 2011 (link)  

 

 

 

 

 

Par Pandore - Publié dans : Analyses
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Jeudi 12 mai 2011 4 12 /05 /Mai /2011 20:53

 

 

 

  Carole Mann (link), sociologue spécialisée du genre et des conflits, porte un regard critique sur les stéréotypes véhiculés par les médias concernant le rôle des femmes lors des conflits armées. Au cours d’un colloque au Centre d’étude et de recherche internationale (CERI) sur les femmes dans les théâtres de guerre, le 12 mai 2011 (link), cette spécialiste, qui depuis 10 ans travaille sur l’Afghanistan, critique la médiatisation des femmes de ce pays.

 


SteveMcCurryAfghanGirl.jpg

La jeune fille Afghane, Photo Steve Mc Curry (link)

 


  Un véritable Storytelling a été utilisé pour que la guerre en Afghanistan soit tolérée par l’opinion publique. Un  « néocolonialisme »  bardé de récits et de « discours préemballés » a permis un laissé-faire international des ambitions américaines. La femme afghane, stéréotype de la femme soumise derrière son voile,  devait être sauvée par l’armée occidentale.  De nombreuses photos (link) montrent l’armée qui aide des enfants afghans, des femmes militaires qui communiquent avec les femmes locales. Ces photos prisent par des reporters Embedded, c’est-à-dire encadrés par des militaires, ne montrent qu’une vision de la réalité du conflit. Aujourd’hui, avec les journalistes pris pour cibles, peu de journaux veulent mettre les moyens nécessaires pour envoyer des reporters sur place. Ils n’ont donc pas la possibilité d’aller sur des terrains sensibles. Carole Mann constate une perte d’indépendance et de perspective dans les médias. Comment avoir une information objective dans des zones de guerre si elles sont inaccessibles aux journalistes ? Verra-t-on le même scénario en Libye ?


  Rappelons-nous que lors de la guerre du Vietnam, de 1959 à 1975, les reporters étaient aussi Embedded.  Pourtant le 8 juin 1972, la photo du photoreporter Nick Ut, la jeune vietnamienne brulée, a choqué la population américaine. Des bavures militaires ne pouvaient recommencer, ou ne pouvaient être vues. Et puis certains reporters indépendants arrivent à faire un travail en dehors des zones militaires, comme Anne Nivat (link) en Afghanistan.

 

 


Nick Ut, associated press, 8 Juin 1972

 Kim Phuc, la jeune vietnamienne fuit sur la route n°1 le village de Tranbang, à 60 kms de Saigon. Bombardée au napalm par l'aviation américaine, la plupart des habitants sont brulés vifs. Le 8 juin 1972, lors de la guerre du Vietnam. Photo Nick Ut, Associated Press

 

 

 

  Depuis la « guerre contre l’axe du mal », une angoisse permanente est maintenue par les médias et la communication selon cette sociologue. Le Time Magazine d’août 2010 présentait en une, Aisha une jeune Afghane avec le nez coupé (link) et avec le titre « What happen if we leave Afghanistan » (link). Derrière ces images, il y a une réalité, une fracture : une véritable ignorance de la culture locale, un manque de connaissance des droits coutumiers du pays. Une femme militaire masculinisée peut-elle comprendre une jeune afghane déjà mère de plusieurs enfants? Car selon cette spécialiste, ce qui rapproche deux femmes étrangères, c'est bien ce lien avec le mariage et les enfants. Et puis l’analphabétisation et la mortalité infantile sont toujours un problème, le pays reste le premier Etat narcotrafiquant, la culture locale est remplacée par des produits chinois, s’alarme Carole Mann. Seuls quelques cas de femmes éduqués entreprennent leur propre entreprise. Ce pays finira comme l’Arabie Saoudite pour le droit des femmes, après 10 ans de conflit et le leader d’Al-Qaida mort au Pakistan.

 

 

 

A lire:

Storytelling, de Christian Salmon

 

A voir: 

Interview d'Anne Nivat sur France Inter le 3 février 2011, dans l'émission Souriez, vous etes informés 

 

 

 

 

 

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Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 14:42

 

 

« Ils ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre. »

 

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font du mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »

 

Albert Einstein

 

 

  Samedi 26 mars 2011, au Comptoir Général, sur les bords du Canal St Martin, à Paris.

 

  Le Think-tank Le Kairos (link) propose un débat avec Stéphane Hessel, Ambassadeur de France et Pierre Larrouturou, économiste et conseiller régional à Europe Ecologie Les Verts (EELV), autour de la question d’urgence et d’avenir de notre société face à la crise sociale, financière et écologique que notre monde d’aujourd’hui traverse.

  Comment dire l’urgence ? Comment reconstruire l’espoir ?


 

Le jeune garçon à l'épée, Edouard Manet2

Edouard Manet (1832-1883), Le jeune garçon à l'épée1861, Huile sur toile, H. 131,1 ; L. 93,4 cmNew York, Metropolitan Museum of Art

© The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN / image of the MMA (link)

 



  Un constat évident : la crise financière qui a démarré depuis 2007 avec la chute de Lehman Brothers, due aux prêts hypothécaires à risques (les subprimes), n’a eu aucun effet moralisateur sur les systèmes financiers. M Larrouturou constate que les gouvernements et les banques n’ont « retenu aucune leçon de la crise.» Comment éveiller la société ? Que proposer comme solutions ?

  D’après son enquête, avant l’ère Reagan (Président des Etats Unis de 1981 à 1989), la dette des Etats était maintenue à un seuil respectable. Henri Ford (1863-1947) parlait en son temps d’un système social égalitaire. Pourtant homme de droite, le créateur de Ford Motor Compagny croyait en une justice sociale. Ronald Reagan et Margaret Tatcher (Premier ministre du Royaume Unis de 1979 à 1990) ont  privatisé et libéralisé les marchés. Le concept du libéralisme économique et de la liberté individuelle semblent être la cause des problèmes que connaissent les gouvernements et les sociétés contemporaines.

 

  La croissance comme problème

  Aujourd’hui la dette devient un problème croissant. La croissance, le pillier du système économique, provoque un endettement et un aveuglement exponentiel. Il est vrai que l’évolution amène à aller toujours plus loin, toujours plus haut. Mais dans un monde fini avec des resources limitées, cette conception va elle aussi prendre fin. Nous y sommes peut être.

  L’exemple de la Chine est révélateur : considérée comme « le pays le plus instable » selon M Larrouturou, le gouvernement a injecté 30% du Produit Intérieur Brut (PIB) en crédit privé pour maintenir sa croissance fulgurante aux cotés des autres pays. Précisément, pour présenter une croissance de 9%, un total de 44% du PIB a été nécessaire. En plus, « La chine vend ses bons de trésors, elle se désengage » toujours selon cette économiste, « les rats quittent le navire. Plus personne n’achète de bons du trésor ayant une échéance au delà de 5 ans. » Un Global Collapse s’annonce, un effondrement du système économique à l’échelle planétaire.

  Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fond Monétaire International (FMI) aurait évoqué une « guerre » économique, en privé, entre les dirigeants gouvernementaux, alors qu’en public ou devant la presse, il affirme une amélioration de la conjoncture.

 

  S’occuper en priorité des inégalités

  Une solution est pourtant proposée, celle de s’attaquer à la fois à la crise sociale, aux inégalités et à la régulation de la crise économique. Le principe est simple : toute personne qui travaille consomme et produit cette croissance tant recherchée. Maintenir la population au chômage réduit cette opportunité évidente de consommer. Or de nombreux Etats ont laissé les banques accorder des prêts à des gens dont les capacités à rembourser étaient illusoires. Inciter des personnes endettées à dépenser est dénué de raison. Les gouvernements mettent plus de dettes, mais ont-ils réfléchi à cette aberration et à ces conséquences ? On peut comprendre que l’appât du gain est jouissif, mais au point de faire écrouler l’économie mondiale et d’entrainer une majorité de pays avec, il faut des acteurs responsables et raisonnables. Pendant les trente dernières années, ce que les Etats ne donnaient pas avec le salaire, ils le donnaient avec la dette. Le glas a sonné. Joseph Stiglitz explique cet ubris dans son ouvrage Le Triomphe de la Cupidité.

 

  La parole d’un homme engagé

  Nominé pour le prix Nobel de la paix, Stéphane Hessel garde une étincelle de jeunesse, celle qui lui permet de se battre pour les droits de l’Homme. Agé de 93 ans, son physique est trompeur, une force vive le pousse toujours à être debout face à l’adversité. Il nous rappelle qu’il faut conserver des valeurs, tel que la liberté, l’égalité ou le respect. Face à toutes les catastrophes d’aujourd’hui, « on s’aperçoit enfin qu’on ne peut pas continuer comme ça » constate-t-il. Le fait marquant est qu’il croit en la jeunesse, il y voit un éveil. « Si on veut se porter bien, il faut faire le bien ». Sa vitalité le prouve.

  Face à toutes les interrogations que se pose le public, Stéphane Hessel conseille de s’engager en politique ou d'intégrer un parti de son choix, se confronter aux idées des autres et proposer les siennes. C’est dans une solidarité planifiée, un pluralisme que la démocratie peut s’exprimer. Il faut être ouvert et accueillir la richesse culturelle du monde. Des mots simples qui pourtant ont du mal à se faire entendre encore aujourd’hui.

 

 


A lire :

Le Kairos,  conférence du 26 mars, comment dire l'urgence? (link)

Compte-rendu du débat (link)

 

Indignez-vous, de Stéphane Hessel

La Voie, pour l'avenir de l'humanité, d’Edgar Morin  

Le Triomphe de la Cupidité, de Joseph E. Stiglitz

Métamorphoses du travail, d'André Gorz

 

Illustration: Le jeune garçon à l'épée, d'Edouard Manet (link)


A voir:

Musée d'Orsay (link)

Manet, inventeur du Moderne (link)

du 5 avril au 3 juillet 2011

Horaires: du mardi au dimanche (link)

                 de 9h30 à 18h

 

 

 

 


Par Pandore - Publié dans : Débats
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Vendredi 25 mars 2011 5 25 /03 /Mars /2011 16:15

 

 

  Le printemps arabe de l’année 2011 utilise l’arme médiatique grâce à Internet. Les vidéos de manifestations, de protestations sont diffusées sur Youtube et Facebook. Les populations prennent conscience de la réalité de leur pays, ils se rassemblent sur les places publiques. Les réseaux sociaux et les médias amplifient, accélèrent le phénomène. Quel pouvoir prennent aujourd’hui ces médias ?

 

  Al Jazeera, chaîne satellitaire qatarie, a encore pris de l’ampleur, depuis les révolutions dans le monde arabo-musulman, en prenant un engagement au coté des révolutionnaires dans leur ligne éditoriale. Cette chaîne se démarque des chaines occidentales par le fait même qu’elle est arabe et qu’elle s’écarte de l’influence des médias dominants et de certains gouvernements. Elle existe depuis quinze ans, quelques temps après la guerre du Golf (1990-1991). Al Jazeera a été fermée dans certains pays, comme l’Algérie, le Maroc ou l’Irak. Cependant depuis la monté de sa notoriété, les gouvernements qui ont fermé certains bureaux de la chaîne se privent de la possibilité de s’exprimer ,et d’une crédibilité.

  Le développement des chaînes arabes prend un tournant et pourrait concurrencer les médias occidentaux. Par exemple, France 24 en arabe a été la chaîne la plus regardée depuis la révolution en Tunisie.

 

Effet de mode, rôle d'accélérateur

  A l’Institut du Monde Arabe, jeudi 24 mars, François-Bernard Huyghe, chercheur associé à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) souligne l’effet de mode que sont les réseaux sociaux et rappelle que chaque pays n’a pas le même équipement. Le courage appartient surtout à ceux qui sont allés dans la rue. Il a fallu « lâcher la souris et son clavier pour aller dans la rue ». Les réseaux sociaux ont été un déclencheur. En Iran par exemple, il semble que les personnes qui ont utilisé Twitter lors des manifestations du mouvement vert en 2009 étaient pour la plupart des expatriés iraniens. Cela change-t-il la façon de lutter ?

 

La contre-attaque des gouvernements

  Par ses images de héros et de martyrs qui ont ému les populations, ces réseaux ont joué le rôle de déclencheur et ont un effet de contagion  et d’encouragement. Ces nouveaux « médias » sont surtout utilisés par une jeunesse urbaine de classe moyenne. Les gouvernements ont été pris de court, comme les Etats Unis avec Wikileaks. Mais ils sont pragmatiques. L’Egypte avait coupé l’électricité pour priver les insurgés d’Internet.  « Une guerre d’épée et de bouclier » se joue dans ce monde virtuel. Selon M Huyghe, tout cela enclenche une procédure législative à travers les pays pour contrer cette liberté sur Internet. Une veille d’infiltration, un système de surveillance sera mis en place. La confrontation de Google et du gouvernement Chinois, en 2010, en est la preuve. Derrière la liberté d’expression sur Internet, il y a une véritable influence que chaque pays peut utiliser en sa faveur.

 

 

  Cette ouverture marque une révolution médiatique qui reste encore à faire. Les médias dans ces pays révoltés ont démontré leur dépendance vis-à-vis de leur gouvernement. Il reste à développer une presse libre et indépendante. Certains des pays arabes commencent à mettre en place un code de la presse, selon Latifa Tayah, de l’Institut Panos Paris (link). La démocratie commence par là.

  Et puis, un média devient une fenêtre diplomatique dans ces pays : Al Jazeera a un pouvoir réel et un rôle dans le Moyen Orient, selon Agnès Levallois, journaliste, ancienne directrice de France 24 en arabe. Cela a permis au Qatar d’apparaître sur la carte du monde et d’avoir un impact diplomatique, comme CNN et son influence américaine. « Tout pays qui veut avoir un poids international doit avoir un poids médiatique » souligne M Huyghe. La Chine développe son agence de presse à l’international, la Russie aussi. Une concurrence entre les médias se profile, un pluralisme peut être s’installe, dans lequel les pays arabes imputeront leurs influences.

 


 

Source :

Les jeudis de L’IMA à l’Institut du Monde Arabes (link) (changements des intervenants)

Rencontres et Débats

Médias arabes : nouveau regard ou nouvelles réalités

24 mars 2011

Avec

François-Bernard Huyghe, chercheur associé à l’IRIS (link)

Agnès Levallois, journaliste, ancienne directrice de France 24 en arabe

Latifa Tayah, Institut Panos Paris (link)

Débat animé par Mohammed El Oifi, maître de conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

 

A lire :

Isabelle Mandraud, Au Maroc, les journalistes se joignent à la protestation, Le Monde du vendredi 25 mars 2011

Enquête de Xavier Ternisien et Harold Thibaut, Le monde selon Xinhua, Le Monde du mercredi 5 janvier 2011

 

A écouter:

Plateforme France Culture (link

 

 


Par Pandore - Publié dans : Moyen-Orient
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Samedi 8 janvier 2011 6 08 /01 /Jan /2011 12:00

 

 

  Le développement du système informatique, des réseaux sociaux et des livres numériques marque un pas vers une nouvelle ère, même si aujourd’hui, en 2011, la faim et la guerre ne sont toujours pas résolues à travers le monde (link). La virtualité transcende la réalité. Les gens se perdent dans un autre monde pour oublier que le monde actuel est cruel. Le retour de Candide derrière son clavier.

 

Kuwait-City--Kuwait--1991.jpg                                          Kuwait City, Kuwait, 1991, Photo Steve McCurry (link)

 

  Le confort matériel suscité, les biens acquis en occident, ne pourront être celui des pays émergents. Une matérialisation nouvelle est à envisager, comme celui des livres numériques par exemple. Car si tous les chinois avaient des ouvrages papiers, la totalité des exploitations forestières disparaitraient. Ecologiquement, les pays émergents et surtout la Chine doivent passer au numérique, ou à un autre système que le notre. Il faut insister sur une complémentarité, car un bouquin est indémodable (link) et a parcouru le temps, contrairement à l’ordinateur qui a une durée de vie bien plus limitée qu’un simple roman.

Comment se conçoivent les sociétés avec ces nouveaux outils ?

 

 

L’internet, une arme de guerre supposée 

  28 novembre 2010, le site Wikileaks divulgue, cette fois-ci, après les informations sur l’Afghanistan, une quantité gargantuesque de télégrammes « secrets » de la diplomatie américaine (250 000 environs), dont certains détails peuvent être intéressants. La polémique suscitée autour de la transparence en diplomatie n’est pas l’intérêt, car ses données recueillies proviennent d’un pays à proprement parlé démocratique. Ces documents auraient été déclassifiés au bout de quinze ans. Les Etats Unis semblent être l’un des pays où la transparence est utilisée de manière courante. Par contre, quelles seraient la teneur et les conséquences d’un tel « exploit » s’il s’agissait d’informations secrètes provenant de Corée du Nord ou de Russie ? Cela requière peut être les services de professionnels du renseignement. Au moins, cela a remis en cause la manière dont va être utilisé l’outil informatique et l’accessibilité des données dans la diplomatie américaine. Ce coup éclair du site de Julian Assange déclenche une guerre des secrets, le pragmatisme américain va tout faire pour contrer ses attaques informatiques. Un jeu sécuritaire contre la piraterie informatique et inversement va se complexifier, comme la course aux armements ou la conquête de l’espace.

 

   Jean-Christophe Ruffin, médecin, écrivain et diplomate, souligne dans Le Monde du 21 décembre, la mise en lumière provoquée par cette « troisième révolte » citoyenne, «  jusqu’où le citoyen est-il fondé à aller contre l’Etat dans un régime démocratique ? A partir de quel seuil passe-t-on de la mobilisation utile à la menace contre le contrat social ? ». Après deux courants majeurs, l’ingérence humanitaire et l’altermondialisme, wikileaks devient l’indignation citoyenne, une arme spectaculaire par sa quantité d’information. Cette méthode a toujours été pratiquée mais à petite échelle dans  certaine presse dite spécialisée. Ces attaques théâtrales seront-ils fiables à long terme ?

 

  L’outil internet, utilisé par quiconque, devient aussi une arme stratégique pour les gouvernements. La cyber-guerre semble déclarée. Outre le système d’écoute Echelon, Les Etats Unis comme la France se dotent dans système informatique capable de contrer des futures cyberattaques. L’Iran aurait subit une attaque sur ses usines d’enrichissement d’uranium de Natanz, provoquant des problèmes techniques dû à un virus informatique, le Stuxnet (link) (link). Une offensive feutrée est considérée plus performante qu’une attaque directe. S’attaquer à l’économie d’un pays, provoquer des rivalités semblent plus prometteur qu’une attaque nucléaire. Le virtuel produit par l’internet est devenu la nouvelle arme défensive pour contre-influencer les puissances actuelles.

 

  La Chine est devenue un acteur redoutable dans ce domaine. Instrument d’espionnage et de censure, elle a pris conscience de l’atout de se doter d’une force électronique. Les ennemis des chinois sont surtout ses propres dissidents et exilés tibétains ou ouïgours, l’internet est à la fois un déverseur d’idées ou de pensées favorable à la propagande et un outil pédagogique remarquable comme le souligne Michel Serres. Sachant que le nombre d’utilisateurs en informatique dans ce pays est en forte croissance (420 millions en juin 2010), la Chine pourrait renverser l’équilibre des forces à son avantage en cas de conflit majeur.

 

 

 

  L’internet, communément appelé Internet, désigne un monde virtuel, c'est-à-dire non réel, où  s’interfère des milliards d’informations, de données et de messages. Un nombre infinitésimal d’actions produites par l’Homme. Ce qui rend cet objet si attractif, c’est bien ce coté accessible des bouts des doigts, chez soi et qui nous amène où l’on désire. Pourtant « il a sa place au cœur du réel » comme l’explique Gaspard Lundwall dans la revue Esprit. Toute action au sein de ce réseau aura des conséquences. 

  L’outil internet marque un changement d’échelle et perturbe notre rapport réel au monde, en accélérant le temps d’accessibilité aux données et aux rapports aux autres. Utile, mais pas indispensable ou non nécessaire, il se doit d’être un moyen nous facilitant la communication, pas pour provoquer une guerre. On constate, et au grand bonheur de l’Homme, l’importance et la remise en valeur de la relation réel avec autrui. A contrario, l’internet rapproche les gens et leur font comprendre l’importance de l’autre. La virtualité redonne goût au réel. « L’homme est un animal sociable » nous dirait Socrate.

 

 

 

Un peu de réflexion :

 

Brice Pedroletti, La force de frappe des hackers chinois inquiète l’Occident, La grande muraille virtuelle de Chine, dans Bilan Géostratégique, hors série Le Monde

Felix Stalder, Pourquoi les institutions peinent à conserver leurs secrets, Le Monde Diplomatique, janvier 2011

Natalie Nougayède, Iran : un spécialiste du nucléaire tué dans un attentat  à la bombe, Le Monde du 1er décembre 2010

Gaspard Lundwall, Le réel, l’imaginaire et l’internet, revue Esprit, décembre 2010

 

 

Un certain regard :

 

Steve McCurry's Blog,

Fusion: The Synergy of Images and Words Part III (link)

Fusion: The Synergy of Images and Words Part II (link)  

Fusion: The Synergy of Images and Words (link)

 

 

 

 

 

 

 

Par Pandore - Publié dans : Analyses
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