Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'Afghanistan reste un des lieux stratégiques des relations internationales

par Pandore 17 Octobre 2010, 13:23 Moyen-Orient

 

 

 afghn-130201

                                                                          Afghanistan, 2003, photo: Steve Mc Curry  (link)

 

 

  Pays des chevaux comme raconta Joseph Kessel dans son roman Les Cavaliers, l’Afghanistan est pourtant aujourd’hui considéré comme une des bases du terrorisme et où se sont engouffrés les occidentaux dans un bourbier international.  En 2009, 2412 civils ont été tués dans ce pays, selon le rapport annuel de la Mission d’assistance des Nations Unis en Afghanistan (MANUA). Le conflit s’allonge sans réelle perspective de paix, l’opinion publique s’y détache et les gouvernements occidentaux cherchent la bonne stratégie.

 

 Les guerres incessantes afganes

  L’Afghanistan a toujours connu une instabilité politique et les étrangers ont toujours cherché à s’accaparer cette terre. Le 12 novembre 1893, ce pays est séparé de l’empire des Indes par la ligne Durand, non reconnue par son gouvernement. Cette ligne le sépare aujourd’hui du Pakistan. Il prit son indépendance le 8 août 1919 après la guerre contre l’empire Britannique. Il s’en suivit l’invasion soviétique en 1979 qui dura jusqu’en 1989 par la chute de l’Union Soviétique. Une guerre civile dans les années 90 mit le pays dans une faiblesse politique, qui permit, en 1996, au Taliban de s’emparer de Kaboul, sa capitale et de contrôler une bonne partie de l’Afghanistan. Ces « étudiants » en théologie à l’origine instaurèrent un régime islamiste fondé sur l’application stricte de la charia, la loi islamique.

 

  Après l’assassinat d’Ahmed chah Massoud, le commandant de l'Alliance du Nord afghane, du Jamiat-Islami et le chef de l'Armée islamique en septembre 2001, une suite d’évènements marque un basculement du monde dans la terreur du terrorisme. Les Etats-Unis déclarent la guerre contre l’islamisme et interviennent en Afghanistan dans la même année, en renversant le régime taliban. Depuis l’invasion soviétique, plus de 3 millions de morts ont été recensés dans ce pays.

 

La possibilité d'une enquête 

  Le bureau du procureur de la cour pénale internationale (CPI)  affirme le 10 août 2010 qu’il analysait la situation du pays en 2007. «Le Bureau a rencontré des responsables afghans en dehors du pays, de même que des représentants de diverses organisations. Il a envoyé plusieurs demandes de renseignements au Gouvernement afghan, mais n’a encore reçu aucune réponse à ce jour » selon son bulletin d’information. D’après le rapport semestriel 2010 à propos du respect des droits de l’Homme concernant les victimes civiles, la MANUA déplore 3 268 victimes civiles afghanes au cours des six premiers mois de 2010 (1 271 morts et 1 997 blessés), un chiffre en augmentation de 31 % par rapport à la même période en 2009. Le même jour, Amnesty International (link) déclare que « les talibans doivent être poursuivis pour crimes de guerre. Dans les faits, il n'y a actuellement [dans ce pays] aucun système de justice qui puisse résoudre le problème de l'absence d'obligation de rendre des comptes. Il faut donc que le gouvernement afghan demande à la Cour pénale internationale d'enquêter sur les crimes de guerre et crimes contre l'humanité présumés attribués à l'ensemble des parties au conflit. »

 

  L’Afghanistan a déposé son instrument d’adhésion du Statut de Rome le 10 février 2003 (link). Selon l’article 8, la situation de ce pays entre dans les critères de crimes de guerre. Une enquête peut être ouverte à la demande d’un des Etats Partis ou à l’initiative du Procureur. Le 9 septembre 2009, Luis Moreno-Ocampo, le procureur en chef de la CPI, annonce qu’une enquête sur les possibles crimes de guerre pourrait être lancée (link). L’examen préliminaire n’a toujours pas révélé les crimes, une enquête reste donc en attente. De son coté, le président afghan Hamid Karzaï n’a fait aucune demande et s’oriente vers des négociations avec les Talibans. Le 20 juillet dernier, une conférence internationale sur l’Afghanistan s’est déroulée à Kaboul soutenant le gouvernement du pays dans ses objectifs de parvenir avec ses propres forces à un contrôle du pays d'ici à la fin 2014 (link).

 

La stratégie internationale 

  Cette perspective envisagée amène le pays afghan à voler de ses propres ailes dans un avenir proche. Cependant si cette tournure s’approche de celle actuelle en Irak où la situation reste instable politiquement malgré le retrait des troupes américaines, les puissances d'aujourd'hui doivent déférer au Procureur de la situation. Sachant que le processus est long et fastidieux, le temps joue contre le peuple afghan.  Et puis l’Afghanistan s’insère dans une stratégie internationale où les grandes puissances y trouvent un intérêt économique et politique. L’Union soviétique de la guerre froide convoitait les ressources minières, qu’aujourd’hui s’approprie de manière légale la Chine. L’Inde y voit l’arrière-base des Pakistanais et l’OTAN un des nids du terrorisme. La géopolitique afghane se complexifie ce qui rendra la future enquête de la CPI d’autant plus difficile à réaliser.

 

 

Afghanistan--Badakhshan--village-de-Hafez-Moghol--1990.jpg

                                    Afghanistan, Badakhshan, village de Hafez Moghol, 1990, Reza (link)

 

   A lire:

Georges Lefeuvre, antropologue et diplomate, ancien conseiller politique de la commission européenne au Pakistan, dans Le Monde Diplomatique N°679, octobre 2010

Diplomatie, affaires stratégiques et relations internationales 

 

 

commentaires

Haut de page