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Le monde a-t-il vraiment changé ces dix dernières années ?

par Pandore 28 Juillet 2013, 11:44 Analyses

 

 

« Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé, le courage de changer ce qui peut l'être et surtout la sagesse de distinguer l'un de l'autre. »

 

Marc Aurèle

 

« Le monde est un livre dont chaque pas nous tourne une page ; celui qui n’en a lu qu’une, que sait-il ? »

 

Alphonse de Lamartine

 

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 Scène des massacres de Scio, peinture d’Eugène Delacroix, huile sur toile, 1824, musée du Louvre, Paris

 


 

  Au premier abord, non. La crise économique touche toujours l’Europe depuis 5 ans. Les pays peinent à améliorer leur croissance. L’Espagne et la Grèce détiennent de tristes records de chômage. Sa jeunesse n’y trouve aucun avenir.

  Ensuite, les discriminations sont plutôt en augmentation à travers le monde. En Malaisie, les Chinois et Indiens malais n’auraient pas accès aux mêmes universités que leurs confrères d’origine musulmane.

  La Birmanie ouvre ses portes aux investisseurs étrangers et au tourisme mais une bonne partie des recettes tombe dans les poches de la junte militaire. Même si cette dernière a laissé des places dans son gouvernement à l’opposition, elle détient toujours la majorité. Et puis de nombreux militaires continuent leur politique en tant que civil. Autre exemple, le gouvernement préfère exporter son électricité à la Chine ou à la Thaïlande, plutôt que de l’offrir à son peuple. Yangon, la capitale, se retrouve une fois tous les deux jours, dans le noir, avec une armada de groupes électrogènes pour éclairer les maisons de thé et les hôtels.

 

  Le peuple crie sa colère, non seulement dans les nouveaux pays émergents (Brésil, Turquie, Bulgarie), mais aussi dans les vieilles puissances occidentales. Malgré l’amélioration des conditions de vie de chacun, les gens ont le sentiment qu’ils leur manquent quelques choses, une insatisfaction continue. Plus ils amassent des biens, plus ils se sentent en (in)sécurité. Plus la vie leur coûte cher, plus le temps au travail augmente pour satisfaire ces besoins d’une consommation effrénée et dépendante. L’addiction des temps modernes. Où que vous vous baladez dans le monde maintenant, vous trouvez les mêmes magasins de mode, les mêmes bars ou les mêmes téléphones. Un monde uniforme. Nous ne pouvons pas nous perdre.

 

« Quand nous enlevons la vie aux hommes, nous ne savons ni ce que nous leur enlevons, ni ce que nous leur donnons.»

« Quand vient l'heure de l'adversité, tous deviennent courageux contre celui qui tombe.»

 

Lord Byron, Sardanapale.

 


  Et puis, le Moyen Orient cherche sa voix dans une démocratie naissante mais embaumée d’une tradition ancrée et des croyances difficiles à séparer. Il n’a fallu qu’un an pour que le président Egyptien, Mohamed Morsi, soit destitué par un coup d’état militaire. Oh combien le temps est nécessaire pour bâtir une nation. Nous avons mis plus d’un siècle pour parachever la nôtre. De leurs côtés, la Tunisie et la Libye subissent des fractions entre groupes politiques ou tribales. Les manifestations continuent dans chacun d’eux. La Syrie, quant à elle, maintien son triste sort dont les enjeux dépassent ses frontières et le contexte religieux. Son président Bashar Al Assad semble prêt à sacrifier son peuple pour son trône, tel la légende du roi Assyrien Sardanapale. Outre l’Iran et l’Arabie Saoudite qui s’affrontent dans une guerre froide orientale, l’Occident reste pantois face à une situation qu’il ne contrôle plus et qui tourne plutôt à une affaire entre marchands d’armes.

  Il faut rappeler que les 5 pays dont son industrie militaire est un fleuron ne sont autres que les Etats-Unis, la Russie, l’Allemagne, la France et la Chine. Ces premiers sont  le plus gros exportateur d'armes au monde (30 % des transferts), destinés à plus de 170 pays, même à la Birmanie, la Chine ou le Sri Lanka, et bien sûr au Moyen Orient (Bahreïn, Égypte, Yémen, Arabie Saoudite,  Koweït et Qatar). La Russie est le plus grand fournisseur au régime de Bachar El Assad, mais aussi à la Birmanie et à l’Iran probablement. L’Allemagne vers la Turquie. La France à la Syrie et aujourd’hui aux rebelles, à la Libye de Mouammar Kadhafi et en Egypte. La Chine se coltine les plus instables : l’Algérie, le Bangladesh, l'Égypte, l'Indonésie, l'Irak, l'Iran, la Jordanie, la Libye, la Birmanie, le Pakistan, le Sri Lanka, le Soudan et bien d’autres. (link)

 

1280px-Delacroix_-_La_Mort_de_Sardanapale_-1827-.jpg 

La Mort de Sardanapale, peinture d’Eugène Delacroix, huile sur toile, 1827, musée du Louvre, Paris


  Cela continue. Le Pakistan s’en prend maintenant aux touristes. Au pied du Nanga Parbat, l'un des sommets les plus hauts du monde (8126 mètres), au nord du pays, neuf alpinistes étrangers, leur guide et un cuisinier pakistanais sont abattus (link). L’Afghanistan se cherche toujours un avenir (link), entre un pays à reconstruire (link), des forces étrangères qui devraient lever le camp et des pays voisins pas très rassurants.

  En Asie rien ne change, comme à son habitude la Chine réfrène ses manifestants et opprime ses minorités. L’Inde cache ses femmes des rues sombres. Du côté du Cambodge,  il lance des élections mais sans surprise. Hun Sen, le premier ministre, au pouvoir depuis vingt-huit ans, devrait demeurer le numéro un avec une probable victoire de son parti aux législatives. Il affirme même vouloir rester à son poste encore pour 10 ans.

 

  L’Australie limite encore plus son immigration. Le Premier ministre australien Kevin Rudd a annoncé la fermeture de ses frontières aux migrants clandestins, qui seront désormais renvoyés vers la Papouasie-Nouvelle Guinée (link). Le Nil devient un enjeu régional entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie, après que ce dernier a décidé de construire un nouveau barrage. Les eaux sont les seules à ne pas tenir compte des lignes tracées sur les cartes. Des frontières toujours avec plus de barrières, le monde se repli-t-il sur soi ? Vingt-sept mille kilomètres de frontières nouvelles ont été tracés depuis 1991, surtout en Europe et en Eurasie. Un mur noir, voire rouge de sang se dessine. L’Homme se confine chez lui, se construit une carapace et se protège de l’autre.

 

 

Créons aujourd’hui une civilisation moderne et métissée

 

  Derrières ses démarcations et ses conflits. Il y a l’identité de chacun. On affirme son origine. En Turquie, les Kurdes annoncent fièrement leur identité, ils parlent leurs langues alors qu’elle est encore interdite à l’école. Il y a 10 ans, ils avaient peur. Aujourd’hui, ils le crient, même si ce pays détient le triste record de journalistes en prison. De nouvelles identités se forment par le biais d’une ouverture sur le monde et de sa culture.

 

  Un des promoteurs à cette ouverture est le web, qui a ouvert des perspectives, non seulement sur l’accessibilité de l’information et de la connaissance, mais aussi sur l’échange et le partage, qui va bien au-delà de son voisinage ou de sa famille.  Ce qui se faisait à une époque avec son entourage se développe aujourd’hui à l’échelle nationale, voire mondiale (link). Cela a créé une nouvelle économie entre ses internautes : le Crowdfunding, le financement participatif, les services d’échanges pour partager un trajet en voiture ou l’hébergement d’un voyageur. Certains proposent même d’offrir ses talents.

  Le développement économique du Nigéria passe par le web, sans industries classiques. En Birmanie, le vieux téléphone fixe à long file est remplacé par l’Iphone. La transition technologique évolue bien plus vite que chez nous. Et ils s’adaptent très bien !

 

  La culture se répand, musique, cinéma ou danse. Des groupes deviennent connus mondialement, des films chefs-d’œuvre vus par tous et la danse entre tradition et plaisir de vivre. Il est étonnant de découvrir que la Salsa et le Tango ont leur place dans certaines villes de Turquie. Ses deux danses originaires respectivement de Cuba et d’Argentine. Le livre devient un objet « collector ». Et puis, le Louvre aurait accueilli 10 millions de visiteurs en 2012. Le monde se cultive donc, en bien ou en mal, et il partage. Les gens voyagent ou migrent vers la ville, lieu où les rencontres se fructifient. L’urbanisation est alors en pleine course folle. 70% de la population mondiale devrait être des citadins en 2050, c’est-à-dire dans 37 ans.

 

 

  Nous vieillissons de plus en plus tard, grâce à notre qualité de vie. Nos anciens ne se portent pas si mal. Ce serait apparemment les meilleurs moments de la vie selon eux. Alors que nous reste-il du changement ? Rien, mise à part une évolution, pure et simple et un attachement à des valeurs et des traditions. Le monde démontre une humanité toute entière qui a créé une belle mosaïque de diversité. Gardons cette différence, elle nous incite à aller vers les autres. Il faut avoir aussi une curiosité et une envie de partager. L’évolution exponentielle des réseaux sociaux confirme que l’Homme est l’animal le plus social. Créons aujourd’hui une civilisation moderne et métissée.

 

 

 

A lire:

 

Rio, Istanbul et le convivialisme  (link)  

 

 

 


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