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Médiatisation et désinformation, une critique réaliste des conflits et du rôle des femmes en Afghanistan

par Pandore 12 Mai 2011, 20:53 Moyen-Orient

 

 

 

  Carole Mann (link), sociologue spécialisée du genre et des conflits, porte un regard critique sur les stéréotypes véhiculés par les médias concernant le rôle des femmes lors des conflits armées. Au cours d’un colloque au Centre d’étude et de recherche internationale (CERI) sur les femmes dans les théâtres de guerre, le 12 mai 2011 (link), cette spécialiste, qui depuis 10 ans travaille sur l’Afghanistan, critique la médiatisation des femmes de ce pays.

 


SteveMcCurryAfghanGirl.jpg

La jeune fille Afghane, Photo Steve Mc Curry (link)

 


  Un véritable Storytelling a été utilisé pour que la guerre en Afghanistan soit tolérée par l’opinion publique. Un  « néocolonialisme »  bardé de récits et de « discours préemballés » a permis un laissé-faire international des ambitions américaines. La femme afghane, stéréotype de la femme soumise derrière son voile,  devait être sauvée par l’armée occidentale.  De nombreuses photos (link) montrent l’armée qui aide des enfants afghans, des femmes militaires qui communiquent avec les femmes locales. Ces photos prisent par des reporters Embedded, c’est-à-dire encadrés par des militaires, ne montrent qu’une vision de la réalité du conflit. Aujourd’hui, avec les journalistes pris pour cibles, peu de journaux veulent mettre les moyens nécessaires pour envoyer des reporters sur place. Ils n’ont donc pas la possibilité d’aller sur des terrains sensibles. Carole Mann constate une perte d’indépendance et de perspective dans les médias. Comment avoir une information objective dans des zones de guerre si elles sont inaccessibles aux journalistes ? Verra-t-on le même scénario en Libye ?


  Rappelons-nous que lors de la guerre du Vietnam, de 1959 à 1975, les reporters étaient aussi Embedded.  Pourtant le 8 juin 1972, la photo du photoreporter Nick Ut, la jeune vietnamienne brulée, a choqué la population américaine. Des bavures militaires ne pouvaient recommencer, ou ne pouvaient être vues. Et puis certains reporters indépendants arrivent à faire un travail en dehors des zones militaires, comme Anne Nivat (link) en Afghanistan.

 

 


Nick Ut, associated press, 8 Juin 1972

 Kim Phuc, la jeune vietnamienne fuit sur la route n°1 le village de Tranbang, à 60 kms de Saigon. Bombardée au napalm par l'aviation américaine, la plupart des habitants sont brulés vifs. Le 8 juin 1972, lors de la guerre du Vietnam. Photo Nick Ut, Associated Press

 

 

 

  Depuis la « guerre contre l’axe du mal », une angoisse permanente est maintenue par les médias et la communication selon cette sociologue. Le Time Magazine d’août 2010 présentait en une, Aisha une jeune Afghane avec le nez coupé (link) et avec le titre « What happen if we leave Afghanistan » (link). Derrière ces images, il y a une réalité, une fracture : une véritable ignorance de la culture locale, un manque de connaissance des droits coutumiers du pays. Une femme militaire masculinisée peut-elle comprendre une jeune afghane déjà mère de plusieurs enfants? Car selon cette spécialiste, ce qui rapproche deux femmes étrangères, c'est bien ce lien avec le mariage et les enfants. Et puis l’analphabétisation et la mortalité infantile sont toujours un problème, le pays reste le premier Etat narcotrafiquant, la culture locale est remplacée par des produits chinois, s’alarme Carole Mann. Seuls quelques cas de femmes éduqués entreprennent leur propre entreprise. Ce pays finira comme l’Arabie Saoudite pour le droit des femmes, après 10 ans de conflit et le leader d’Al-Qaida mort au Pakistan.

 

 

 

A lire:

Storytelling, de Christian Salmon

 

A voir: 

Interview d'Anne Nivat sur France Inter le 3 février 2011, dans l'émission Souriez, vous etes informés 

 

 

 

 

 

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