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Un arrière-fond d’une crise réelle: l'islamisme, le cas iranien et l'ombre chinoise

par Pandore 21 Novembre 2011, 15:12 Analyses

 

  Le Moyen-Orient,  berceau des bouleversements géopolitiques, arrière-cour des nouvelles forces mondiales.

 

 

  Les résultats des élections en Tunisie, mettant en avant le parti islamique Ennahda, la mort de Kadhafi le 20 octobre 2011 à Syrte, en Libye et la proclamation de la charia dans ce pays coupent le souffle démocratique tant espéré par l’Occident. L’islamisme se retrouve à la porte de l’Europe. L’islamisme fondamentaliste grignote petit à petit des territoires.  

 

  Force est de constater que la démocratie, tel que nous la prônons, ne semble pas compatible avec la pratique religieuse dans les pays musulmans. Une séparation du religieux et du politique semble compromis. Peut-être faut-il leur laisser le temps aussi ? Cela ouvre donc la voie à la création d’un nouveau système politique liant modernisme et tradition.  Les femmes en Libye cherchent aussi leur place dans une nouvelle société (link). A regarder de plus près, la république de Turquie, basé sur  l’idéologie Kémaliste depuis 1923 et qui regroupe six principes fondamentaux dont la république, la « laïcité » - à utiliser avec beaucoup de précaution - ou le nationalisme, semble être un bon exemple de départ. L’influence de l’armée joue un rôle prédominant dans le pays étant la gardienne de l’idéologie, mais ce rôle reste sensible pour une démocratie (link). L'islamisme entre en politique. Ce mot fait peur mais pourtant cela ressemble à un courant similaire en Europe qui existe sous la forme du parti chrétiens-démocrate, qui soutient une politique conforme au message de l'Evangile.

 

Une religion divisée 

  L'islam est en lui-même divisé, entre le sunnisme, la branche majoritaire qui suit la ligne de conduite du prophète Mahomet ; le chiisme, partisan de l’imam Ali et en attente du retour du douzième imam, Mahdi ; et le kharidjisme, en constante diminution,  mais présent encore dans le sultanat d’Oman et quelques communautés en Algérie, Tunisie ou Libye. L’Iran est le seul pays où la religion officielle est le chiisme, mais ce courant est aussi majoritaire en Irak, à Bahreïn et en Azerbaïdjan, minoritaire au Liban, Afghanistan et Pakistan. Ce dernier pays regroupe la deuxième communauté chiite la plus importante du monde.

  Cette division depuis l’origine, après la mort du prophète Mahomet en 632, crée un conflit qui perdure encore aujourd’hui. Un bras de fer entre l’Arabie Saoudite et l’Iran.

 

 

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Place Amir Chaghmagh, Yazd, Iran. Photographie de Pandore (Tous Droits Réservés)

 

 

Le nucléaire iranien 

  Démocratie en berne, religion en expansion: c'est dans ce contexte qu'arrive la crise nucléaire iranienne, qui couve depuis plus de trente ans, depuis l’accès au pouvoir de l’ayatollah Ali Khomeiny en 1979. Le programme nucléaire fut développé par le Shah Mohammad Reza Pahlavi à partir de 1953, avec l'aide des Etats Unis (link). Aujourd'hui, le gouvernement israélien évoque l'idée d'une attaque offensive sur les sites nucléaires du pays islamique, prêt à tout pour se prémunir d’un danger réel. Crise grave, en ce sens que plus l’acharnement des occidentaux s'exercera sur ce pays, plus le gouvernement islamique justifira ses actions et sera soutenu par son peuple. Une guerre contre l’Iran provoquerait à long terme une guerre mondiale sur fond religieux, l’islam contre le judaïsme et le christianisme. Une idée pourtant paradoxale car ces religions ont la même origine et la communauté juive d’Iran, très ancienne, est reconnue par la constitution (link) et semble vivre sans encombre dans un pays dit ennemi.

  Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad provocateur est le seul à défier ouvertement et publiquement l’Amérique et à ignorer l’horreur de la Shoah. Son soutien au régime syrien en décadence et probablement à celui de la Libye avant sa chute le positionne en un ennemi frontal. Les Etats Unis considèrent l’Iran comme l’ennemi numéro un depuis la mort de Ben Laden en mai 2011. Ce caractère est à double tranchant : lui offrant une influence dominante dans la région mais aussi un regard étranger permanent et hostile sur une société complexe et méconnue.

  Un Iran nucléarisé ne résoudrait en aucun cas les problèmes dans la région et accélèrerait la course à l’armement, Turquie, Arabie Saoudite en tête. Mais on oublie trop vite que le Pakistan détient la bombe nucléaire. Il est le seul pays islamiste à la détenir et en plus il a officieusement soutenu le mouvement islamique d’Al Qaida. L’accès à la bombe nucléaire par la Corée du Nord semble peut être trop loin géographiquement et trop faible économiquement pour nous effrayer (link). Enjeu politique à l’approche des présidentielles dans certains pays, l’Iran est comme le bouc-émissaire dans une classe d’école à l’échelle mondiale, où les enjeux vont bien plus loin que la peur d’une « simple » arme. L’Iran serait pourtant un meilleur allié pour améliorer une situation qui s'éternise et dont les populations ne demandent que d'y mettre fin pour une paix tant attendue.

 

 

 Les pays dans l'ombre

  Le soutien de la Russie et de la Chine à la République islamique d’Iran face aux pressions occidentales et leur veto respectif à l’ONU au projet de résolution contre les répressions en Syrie est révélateur des réelles forces géopolitiques. La Chine, en particulier, banquier du monde, deuxième économie mondiale,  assoit sa domination finement jouée non seulement autour de sa monnaie sous-évaluée mais aussi par son immanquable interdiction d’une quelconque ingérence étrangère. Depuis plusieurs années et grâce à l'embargo occidental sur l'Iran,  elle est devenue un grand partenaire économique de la république islamique (link), notamment dans le secteur pétrolier et minier (link).

  Derrière ces bouleversements vifs et annonciateurs d’un réel changement favorable ou non, notre regard doit se porter sur cette nation, la Chine,  aux frontières si fermées qui est devenu en trente ans un acteur économique important. Sa main s’étend tout aussi bien en Afrique qu’en Asie du Sud-est. L’Arabie Saoudite doit aussi attirer notre attention, grand pays exportateur de pétrole, allié des Etats Unis et dont ses deux villes saintes attirent les plus pieux musulmans. Son influence joue un rôle important mais reste occulté. Et puis la Turquie dont sa diplomatie au Moyen Orient porte ses fruits et reste le seul exemple d'une politique « laïque » dans la région.

 

 

 

   A lire pour approfondir les différents sujets:

 

Le cas des femmes en Libye:

  Annick Cojean, Celle par qui tout a commencé, Le Monde Magazine du 11 novembre 2011 (link)

 

La pluralité et la complexité de l'islamisme:

   Bernard Guetta, La pluralité islamiste, France Inter le 28 novembre 2011 (link)

 

Le cas iranien, les conséquences d'une guerre et les réels dangers: 

  M. Jay Rosenberg, Iranian Nuclear programme not about Israel, Al Jazeera English, le 20 novembre 2011 (link)

  Seumas Milne,  War on Iran has already begun. Act before it threatens all of us, The Guardian, le 7 décembre 2011 (link)  

 

 

 

 

 

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