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Israël n'attaquera pas l'Iran

par Pandore 26 Mars 2012, 13:13 Moyen-Orient

 

 

  Les incertitudes autour du nucléaire iranien poussent l'Etat d'Israël à envisager une attaque militaire. Mais contrairement à ses initiatives en 1981 en Irak et en 2007 en Syrie, l'enjeu iranien est bien plus complexe et ses conséquences bien plus difficile à estimer. 

 

 

  L’idée d’attaquer l’Iran  n’est pas nouvelle. Déjà en 2008, Israël avait réclamé à l’administration Bush la livraison de nouvelles bombes sophistiquées pour la destruction militaire préventive des installations nucléaires iraniennes. En 2009, Abdullah Toukan et Anthony Cordestane, du centre d’études stratégiques et internationales de Washington, ont publié un rapport très fouillé détaillant les options offensives, les capacités militaires et le programme nucléaire des deux pays : « une offensive israélienne contre les installations nucléaires iraniennes est possible, [mais] elle serait complexe et hautement risquée et rien ne garantit que la mission dans son ensemble se solde par un succès. »

 

 

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No War!, dessin de Mana Neyestani

 

 

  Aujourd’hui, Israël ne bombardera pas l’Iran, les raisons en sont simples. Malgré l’impatience du gouvernement israélien à agir contre la république islamique et la pression mise sur celui des Etats Unis pour soutenir l’Etat Hébreu, une telle volonté occulte la réalité en omettant certains détails et ses conséquences. D’abord, une guerre a un coût financier, tout aussi bien en amont  qu’en aval, et, pour l’heure, le ministère israélien n’a pas les moyens de sa politique. Celui des finances n’a pas encore débloqué les budgets nécessaires. Or si une frappe sur le nucléaire iranien a lieu, le pays n’est pas préparé à une riposte de Téhéran ou de ses alliés, le Hezbollah libanais et le Hamas à Gaza. Près du tiers de la population israélienne ne dispose pas d’un abri ou d’une pièce étanche, en particulier dans le centre du pays  et la région d’Haïfa. Il ne fera pas bon vivre non plus dans certains districts comme Beit Shemesh près de Jérusalem ou même à Sderot près de Gaza.  Zeev Bielksy, membre de la Knesset, le parlement israélien, s’alarme que  « tout le monde parle d’une opération en Iran et personne ne bouge le petit doigt face aux 5000 missiles qui menacent la région de Tel Aviv. » « En période d’urgence, nous nous retrouverons avec des millions de citoyens sans protection. »

  Coté iranien, le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei assure que son pays ripostera à toute attaque, avec pourtant derrière une économie bien fragile. Le 14 mars, le président Mahmoud Ahmadinejad a dû pour la première fois s’expliquer devant le parlement pour défendre son bilan très critiqué. Il a avoué que l’inflation avait atteint les 30% et que le rial, la monnaie iranienne, avait perdu 55% de sa valeur par rapport au dollar en moins d’un an, justifiant sa mauvaise politique économique par les sanctions internationales depuis 2006. L’Iran ne pourra supporter une guerre longue comme celle en 1980 contre l’Irak qui a ruiné le gouvernement par huit ans de conflit.

 

L’allié indéfectible de l’Etat Hébreu

  D’autre part, ce n’est pas sans raison si Israël fait tant pression sur son allié américain, par des déclarations médiatiques ou bien même par des fuites diplomatiques. L’aide demandée est des plus nécessaire, non seulement pour une intervention militaire mais aussi en cas de représailles irréversibles. Dans cette situation, l’administration Obama a demandé au gouvernement israélien de ne rien faire avant l’échéance du scrutin présidentiel aux Etats Unis, c'est-à-dire novembre 2012. L’évaluation de l’imminence de la menace nucléaire est bien différente pour les deux pays, Israël étant directement ciblée par les capacités militaires de l’Iran. Pour Ehud Barak, le ministre de la défense, « l’Iran s’approche lentement mais sûrement du moment où il entrera dans une zone d’immunité », car nul n’osera l’attaquer une fois qu’il sera en possession de l’arme nucléaire. Son allié américain lui recommande pourtant de ne pas se précipiter, car s’il le faut, ils agiront ensemble, en rappelant bien qu’Israël a besoin de l’Amérique. Lors de la conférence annuelle de l’American Israel Public Affairs Commitee, organisée le weekend du 3 et 4 mars à Washington, Barak Obama a bien entendu chercher à rassurer l’ami fidèle de l’Amérique, tout en écartant l’idée d’une intervention militaire : « il reste du temps pour la diplomatie ».

  Le discours d’Obama est révélateur d’une prudence à tout égard en cas d’un autre conflit. Il préfère dialoguer avec l’Iran et privilégie des petits gestes comme envoyer des navires militaires américains secourir des pêcheurs iraniens perdus dans le golfe ou capturés par des pirates somaliens. L’Amérique reste enlisée dans le bourbier afghan qui limite une telle intervention sur un nouveau terrain de guerre. Avec cela, la crise économique mondiale ampute les budgets américains déjà bien à sec avec les conflits moyen-orientaux. L’Irak est la guerre la plus chère de l’histoire s’élevant à 800 milliards de dollars. Le gouvernement cherche à réduire ses déficits plutôt qu’à s’engager dans un nouveau combat. De son coté, l’ONU est coincé sur le dossier syrien où elle ne peut même pas envisager une action militaire. L’intervention de Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nation Unies, envoyé spécial à Damas pour rencontrer le président syrien Bachar El-Assad, n’a pu faire avancer les négociations. Celles-ci sont en partie bloquées par les vétos russes et chinois utilisés à deux reprises, toujours au motif de non ingérence étrangère et de refus de répéter le scénario libyen. Si les Nations Unies restent impuissantes, la question d’envahir l’Iran ne se pose même pas.

 

Une attaque irréversible

  Pourtant, Israël aurait les capacités militaires d’intervenir seul en Iran. La bombe GBU-28, de fabrication américaine, peut traverser 6 mètres de béton, plus une couche de 30 mètres de terre avant d’exploser. L’onde de choc dégagée détruirait  toute construction jusqu’à 100 mètres sous terre.

  Mais depuis 2009, un nouveau site d’enrichissement d’uranium a été découvert à Fordow, proche de la ville sainte de Qom, enfoui dans une montagne, à 90 mètres de profondeur, sur un terrain relevant des Pasdarans, les gardiens de la révolution, garde prétorienne du régime islamiste. La précision de frappe est incertaine et des dégâts collatéraux seraient catastrophiques. L’aide de son allié serait indispensable : l’Amérique prépare de son coté une bombe « anti-bunker », certains envisagent même l’utilisation de l’arme nucléaire comme inévitable. Mais la capacité de riposte de l’Iran grâce à un système de défense fourni secrètement par la Russie n’est pas prise en compte dans ce plan.

 

 

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That Simple, dessin de Mana Neyestani

 

 

  L’année 2012 est une année électorale dans de nombreux pays, en France et en Russie, et tout particulièrement aux Etats Unis où le parti républicain attise la peur du nucléaire iranien pour récolter des voix. Mitt Romney, candidat à l’investiture de ce parti, a déclaré le 4 mars que « si Barak Obama est réélu, l’Iran disposera de la bombe. » Entre un discours d’un candidat et  les actions d’un président, la marge est grande, mais elle suffit  à imprégner dans les esprits l’idée du danger du nucléaire iranien et les conséquences d’une course à l’armement pour d’autres pays, Arabie Saoudite et Turquie en tête. Pourtant il faut se rappeler qu’Israël détient la bombe, sans jamais l’avoir déclaré officiellement. Le Pakistan aussi, qui a hébergé le terroriste Ben Laden pendant plusieurs années. Tous deux  sont considérés comme des « bons proliférants »  selon Georges Bush. Et puis en décembre 2011, la Corée du Nord a revendiqué des progrès rapides dans la construction d’une centrale nucléaire dont de nombreux experts craignent qu’elle lui permette en secret de fabriquer l’arme atomique. Ce pays qui maintient un arsenal d’armes atomiques, a effectué des essais nucléaires en 2006 et 2009.

 


   Alors si Israël décidait une attaque, non seulement cela déstabiliserait l’ensemble du Moyen Orient dans une phase encore bien sombre. L’Iran mobilise les chiites d’Irak et menace de bloquer le détroit d’Ormuz par lequel transite 35% du trafic maritime pétrolier mondial. Mais aussi cela réduirait à néant tous les efforts de la communauté internationale pour que l’Iran suspende sa production d’armes nucléaires. Et au contraire, cela lui donnerait raison dans sa recherche pour les obtenir. Ce dernier est entouré de pays nucléarisés, Chine, Russie, Inde et Pakistan. Des bases militaires américaines sont implantées dans le golfe et même Ehud Barak normalise par maladresse l’idée d’un Iran nucléarisé. De surcroît, les dernières sanctions décidés par l’ONU d’interdire toute transaction avec les banques iraniennes et un embargo sur les importations de pétrole iranien entrent pleinement en vigueur dès le 1er juillet. Sa stratégie vise ouvertement le cœur de l’économie nationale pour provoquer indirectement un changement de régime.

  Au final, certains experts parlent de la Pax Atomica, l’arme nucléaire est avant tout une arme politique de dissuasion. Jusqu’à présent, cela a plutôt procuré la paix, notamment entre l’Inde et le Pakistan aujourd’hui. Pendant la guerre froide, les Etats Unis et l’Union soviétique ont dû apprendre à cohabiter ensemble en s’imposant une réflexion avant une quelconque action. D’autres experts estiment que l’Iran restera au seuil « à la japonaise » : la détention de la technologie et des composantes de l’arme, mais sans l’assembler. Le nucléaire iranien pourrait-il alors être un facteur de paix dans sa relation avec Israël ?

 

 

 

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Dessin de Mana Neyestani

 

 

 


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