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L'Enfant Syrien

par Pandore 12 Février 2016, 07:36 Analyses

L'Enfant Syrien

O Horror ! horror !horror !

Shakespeare. Macbeth.

Les guerres continuent à côté. Tout est poussière et silence.

Lesbos, l’île des vins, n’est plus qu’un cimetière immense,

Lesbos, où gambadaient les pieds dans l’eau,

Lesbos, qui dans les flots reflétait le rivage voisin,

Ses plages, ses hôtels, et la nuit souvent,

L’ouzo enivrant les jeunes filles.

Tout est calme. Mais non ; seul près des rochers noirs,

Un enfant aux yeux livides, un enfant syrien, allongé,

Tenait sa tête dans le sable, enfoncée ;

Il avait pour privilège, il avait pour protection

Un gilet de sauvetage, orange et gonflé, comme lui

Dans le grand désespoir de l’oubli.

Ah ! Pauvre enfant, pieds nus sur le granite noir !

Hélas ! Plus aucunes larmes dans tes yeux livides

Comme le ciel brumeux et vide,

Pour que dans leur pénombre aux drames malheureux,

Passe l’avenir dans l’espoir

Pour déterrer ta tête des cieux,

Que peut-on ? Simple enfant, que manque-t-il

Pour pardonner notre passivité perverse ?

Ton corps épars dans l’immensité amer

D’un monde, sans humanité, aux guerres futiles ?

Tes frères immondes sans aucune sainteté,

Flottent encore comme des bouteilles abandonnées ?

Qui pourrait arrêter cette longue tragédie ?

Est-ce dieu, si sage et miséricordieux

Qui d’Iran borde leurs âmes sombres ?

Est-ce pour le fruit délicieux des puits en nombre,

Où l’eau noire coule et jaillit

Des entrailles ensanglantées des pieux ?

Veux-tu pour me sourire, une couverture bien chaude,

Qui te bercera dans les nuits glaciales

Plus tremblantes que l’éclat des balles ?

Que veux-tu ? Fleur, beau fruit, ou la clé du paradis ?

– Ami, dit l’enfant syrien, dit l’enfant aux yeux livides,

Je veux embrasser mon frère européen.

D’après « L’enfant » de Victor Hugo

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